Violences sexistes et sexuelles : quels impacts sur la santé mentale ?
- nassimenazari
- il y a 9 heures
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Les violences sexistes et sexuelles (VSS) sont massives. En France, une femme sur cinq déclare avoir subi des violences sexuelles au cours de sa vie. Pourtant, leurs effets sur la santé mentale restent encore trop peu reconnus — par la société, par les institutions, et parfois par les personnes elles-mêmes qui les ont vécues.
Cet article ne vise pas à dresser un tableau exhaustif, mais à nommer ce qui se passe — psychiquement, corporellement, relationnellement — quand on a subi des violences sexistes ou sexuelles, et à expliquer comment un accompagnement thérapeutique adapté peut aider à se reconstruire.
De quoi parle-t-on ?
Les violences sexistes et sexuelles recouvrent un large spectre :
- Le harcèlement sexuel ou sexiste (au travail, dans l’espace public, en ligne)
- Les agressions sexuelles et le viol
- Les violences au sein du couple ou de la famille
- Les violences commises dans l’enfance (abus sexuels, inceste)
- Les violences obstétricales
- Les mutilations génitales féminines
Ce que toutes ces formes ont en commun : elles constituent une violation de l’intégrité de la personne — physique, psychique, sexuelle. Et elles s’inscrivent dans un contexte social qui les rend possibles : celui des inégalités de genre, du rapport de domination entre les sexes, de la culture du silence et de l’impunité.
Nous ne parlerons pas ici du harcèlement moral, qui fera l'objet d'un prochain article à part entière. Vous pouvez cependant consulter le livre de référence de Marie-France Hirigoyen, Le harcèlement moral.
Les impacts psychiques des violences
Le trauma et ses manifestations
Les VSS sont des expériences traumatiques. Le trauma, c’est ce qui se produit quand une expérience dépasse les capacités de traitement du système nerveux — quand ce qui arrive est trop intense, trop soudain, trop menaçant pour être “digéré” normalement.
Les manifestations du trauma peuvent prendre de nombreuses formes :
Les reviviscences : flashbacks, cauchemars, images intrusives qui surgissent sans prévenir, parfois des années après les faits. Le corps et l’esprit revivent l’événement comme s’il se passait maintenant.
L’hypervigilance : un état d’alerte permanent, une difficulté à se détendre, une hypersensibilité aux bruits, aux regards, aux situations qui rappellent — même de loin — la violence vécue.
La dissociation : un sentiment d’irréalité, de détachement de son corps ou de soi-même. La dissociation est une réponse de survie du système nerveux face à l’insupportable — elle a permis de traverser l’expérience, mais elle peut devenir envahissante après.
L’engourdissement émotionnel : une difficulté à ressentir, à se connecter à ses émotions ou à celles des autres. Parfois décrit comme “se sentir derrière une vitre”.
La honte et la culpabilité
Parmi les impacts les plus dévastateurs des VSS : la honte.
“Pourquoi je n’ai pas crié ?” “Pourquoi je n’ai pas quitté plus tôt ?” “Pourquoi mon corps n'a pas réagi ?” Ces questions sont le signe d’une violence intériorisée, nourrie par une société qui tend à minimiser les violences, à mettre en doute les victimes, à chercher ce qu’elles “auraient pu faire différemment”.
La honte isole. Elle empêche de parler, de chercher de l’aide, de se reconstruire. L’un des premiers enjeux d’un accompagnement thérapeutique est souvent de déposer cette honte là où elle appartient.
Les effets sur l’estime de soi et l’identité
Les violences, surtout quand elles sont répétées ou commises par une personne proche, peuvent profondément altérer le rapport à soi-même. Sentiment de ne pas valoir grand-chose, difficulté à se sentir légitime, perte de confiance dans son propre jugement, sentiment d’être “cassé·e” ou “abîmé·e”.
Ces effets ne sont pas des faiblesses — ce sont des réponses cohérentes à des expériences qui ont attaqué le sens de soi.
Les effets sur les relations
Les VSS peuvent rendre les relations difficiles — la confiance en l’autre est abîmée, l’intimité peut devenir source d’anxiété, les frontières relationnelles peuvent être soit trop rigides (pour se protéger) soit trop poreuses (par habitude d’une relation où elles n’étaient pas respectées).
Pourquoi une approche féministe est indispensable
Accompagner des personnes victimes de VSS sans perspective féministe, c’est risquer de reproduire les dynamiques mêmes qui ont rendu ces violences possibles.
Une approche féministe signifie :
Croire la personne. Sans remettre en question son récit, sans chercher ce qu’elle “aurait pu faire autrement”, sans minimiser ce qu’elle a vécu.
Situer les violences dans leur contexte social. Ce qui vous est arrivé n’est pas une malchance individuelle — c’est le produit d’un système qui autorise et perpétue les violences faites aux femmes et aux personnes marginalisées. Nommer cela, c’est redonner une cohérence à votre vécu.
Ne pas pathologiser les réponses au trauma. La dissociation, l’hypervigilance, la honte — ce ne sont pas des “troubles” qui vous définissent. Ce sont des réponses adaptées à des situations inadaptées. Votre système nerveux a fait ce qu’il pouvait pour vous protéger.
Respecter votre rythme et votre autonomie. Vous avez subi une violation de votre autonomie. La thérapie ne peut pas se permettre de reproduire cette dynamique. Vous choisissez ce dont vous parlez, quand vous en parlez, et jusqu’où vous allez.
Comment la thérapie peut aider?
Travailler en thérapie après des VSS ne signifie pas “revivre” les événements en détail. Cela peut prendre de nombreuses formes :
- Travailler la honte et la culpabilité : distinguer ce qui vous appartient de ce qui vous a été imposé
- Reconstruire l’estime de soi : retrouver confiance en votre jugement, en votre valeur, en votre capacité à faire des choix
- Reprendre contact avec son corps : la dissociation coupe souvent du corps — la thérapie peut aider à retrouver un rapport plus habitable à soi-même
- Travailler les relations : retrouver la capacité à faire confiance, à poser des limites, à vivre l’intimité sans être envahi·e par la peur
Un mot sur le courage de demander de l’aide
Consulter une thérapeute après des violences demande un courage réel — surtout quand on a appris, par l’expérience, que les adultes ou les institutions ne protègent pas toujours. Si vous lisez cet article, peut-être que vous cherchez un espace où vous pourrez enfin déposer quelque chose de lourd.
Cet espace existe. Vous méritez d’être accompagné·e par quelqu’un qui vous croira, qui comprendra la complexité de ce que vous avez traversé, et qui travaillera à votre rythme, sans vous brusquer.
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